Voici un nouvel épisode de Boussole avec une dose de réflexion politique.

ENTREPRENDRE « SEUL CONTRE TOUS »
Le roman Atlas Shrugged, traduit en français sous le nom La Grève, écrit par Ayn Rand et publié en 1957, constitue la bible des libertariens et d’Elon Musk. Dans ce livre, on peut lire l’obsession de l’autrice pour la liberté individuelle, la défense des droits naturels et l’émancipation de l’individu.
Philosophe américaine, d’origine russe et traumatisée par le communisme, Ayn Rand a vendu 33 millions de livres au 20ème siècle, et en vend encore des centaines de milliers par an aux États-Unis. Son livre peut être résumé en une phrase : l’État détruit tout, et seuls quelques individus d’exception (les meilleurs entrepreneurs, scientifiques et artistes) peuvent sauver la société de la catastrophe.
Alors que je n’ai jamais été salarié, cette philosophie me dérange. Nous sommes le résultat de ce qui nous entoure. Bien sûr que l’État n’est pas parfait, loin de là, mais nous avons reçu une éducation, nous bénéficions de services publics, et plus largement nous sommes « collectifs ».
Entreprendre prend tout son sens quand on se met au service : de ses clients, de ses fournisseurs, de son équipe, d’une idée, d’un impact. Cela permet de sortir de sa tête et de créer des liens.

LE MYTHE DE L’ENTREPRENEUR
Mythe du garage = Mythe selon lequel Steve Jobs et Steve Wozniak auraient commencé le projet Apple dans un garage avec des conditions modestes.
Dans son ouvrage, Le mythe de l’entrepreneur, Anthony Galluzzo présente 3 autres narratifs méconnus :
- L’aide indirecte de Hewlett-Packard (HP) : en 1971, Steve Wozniak est développeur chez HP. Et en parallèle de son travail, il utilisait le matériel de HP et leurs bureaux pour fabriquer ses premiers ordinateurs. On est loin du garage, mais plutôt sur un side-project ! Le job de salarié donne accès à Wozniak à des machines surpuissantes (pour l’époque) qui lui ont permis de poser les bases de l’Apple I.
« Le garage est un peu un mythe. Nous n’y avons rien conçu, pas de maquette, pas de prototype ou de planification de produits. Nous n’y avons rien fabriqué. Le garage ne servait pas à grand-chose, si ce n’est à nous sentir chez nous« , reconnaîtra d’ailleurs Wozniak.
- Le Homebrew Computer Club (ou la force de la communauté) : en 1975, Steve Jobs et Wozniak rejoignent le Homebrew Computer Club, une communauté de hacker où se réunissaient les “tech guys” de la Silicon Valley pour échanger sur leurs dernières innovations et partager des plans d’ordinateurs. Avec cette communauté, on est loin du narratif de l’entrepreneur qui réussit seul. Ici, c’est le récit du collectif de la communauté qui donne naissance à Apple et leurs premiers produits.
- Sauvé par un investisseur : les deux Steve sont bien dans leur garage, mais ils n’ont vendu qu’une centaine d’ordinateurs. Le projet Apple est en difficulté jusqu’à l’arrivée d’un investisseur. Au-delà de l’argent qu’il va mettre sur la table, cet investisseur va surtout les connecter à son réseau et les mettre en relation avec les banques. C’est ici la puissance du capital disponible en Silicon Valley qui explique le décollage d’Apple.
Ces 3 récits alternatifs démontrent la puissance et le problème du storytelling. Apple, ce n’est pas que le génie de deux entrepreneurs. C’est bien plus complexe et il est bon de le rappeler !
Une entreprise, c’est une équipe, des partenaires, des événements (chanceux et malchanceux) et bien plus que cela. Après avoir accompagné plus de 30 000 créateurs et créatrices d’entreprises dans nos formations depuis 2016, nous croyons bien plus dans la force de la communauté que dans le mythe du “self-made man / woman !”

LA QUESTION DE LA GRATITUDE
Si je devais remercier trois personnes, expériences ou choix qui m’ont permis d’en arriver là où je suis aujourd’hui, lesquels seraient-ils et pourquoi ?
Belle semaine à toutes et à tous,
Alexandre Dana